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Menacée puis déconsidérée par son chef d’établissement

Les faits remontent à plus de 10 ans (j’étais encore en activité).

J’étais documentaliste en CDI (gros lycée technique et professionnel en banlieue ouest d’Orléans). Moi et ma collègue avons fait l’objet d’insultes et de menaces anonymes sur un forum d’élèves, ainsi qu’une collège enseignante en mathématiques, dont le fils était expressément visé (il était question de l’attendre à la sortie de son lycée). Nous avons immédiatement fait des copies d’écran et transmis au proviseur pour suite à donner.

Le proviseur a géré toute l’affaire complètement en dehors de nous, avec la CPE uniquement. À aucun moment nous n’avons été consultées ni associées à ses investigations. Puis le site a été fermé.

Par contre, de plainte, il n’a pas été question, alors que les textes à l’époque déjà, préconisaient aux établissements de le faire, et garantissaient “un complet soutien de l’administration” en ces circonstances.

De plus, les élèves concernés, étant toujours présents dans l’établissement, fréquentaient librement le CDI, en tout anonymat et impunité, mais NOUS ne connaissions pas leur identité, et la situation devenait assez tendue pour nous, de ce fait.

À notre demande expresse d’avoir une confrontation avec les élèves concernés, afin de connaitre leur identité et d’obtenir a minima leurs excuses, le proviseur a toujours opposé une fin de non-recevoir. Sa seule réponse à cette demande a été une modification disciplinaire de nos horaires sans aucune justification.

J’étais assez ulcérée de cette situation, avec un gros sentiment d’injustice. J’ai donc pris le parti de déposer plainte seule et secrètement, par écrit, directement auprès du procureur.

Après plus de 2 ans d’attente, une enquête a été enfin déclenchée, convocation du proviseur, de nous mêmes et des élèves impliqués (le proviseur a bien été obligé de communiquer leur nom à la police). Puis cette plainte a plus ou moins été enterrée, et j’ai fini par obtenir la réponse : classée sans suite puisque l’établissement n’avait pas porté plainte lui aussi.

Dans cette affaire j’ai toujours plus ou moins eu l’impression qu’il y avait eu un accord tacite entre le proviseur, le CPE, et les élèves, du genre donnant/donnant, le proviseur assurant l’impunité aux élèves au détriment de la dignité, de l’honneur des enseignants visés, afin d’éviter les vagues dans l’établissement (les élèves étant des petits caids), et d’assurer sa propre crédibilité auprès du Rectorat.

Ma seule satisfaction est d’avoir pu déclencher cette enquête malgré tout, grâce à ma plainte personnelle, ce qui a dérangé malgré tout le petit confort personnel du proviseur… j’imagine qu’une convocation au commissariat n’est pas une partie de plaisir.

D’ailleurs sa réponse a été de déclencher en retour une inspection-surprise pour moi, mais cela m’était assez indifférent…

Bref, tout ceci est bien laid, petit, mesquin, et attire indiscutablement l’attention sur le recrutement des proviseurs : Je pense qu’il faudrait mettre l’accent sur leur sélection, leur formation, leur évaluation sur des critères réellement objectifs et d’efficacité. Mais malheureusement pour obtenir des candidatures de qualité, il faudrait que le métier soit réellement attractif et valorisant…

Bref on n’est pas sortis de l’auberge.

— Lycée, 30 ans d’ancienneté