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Agressée par un parent d’élève, et obligée de démissionner

Matinée de janvier 2021. Certains élèves ont besoin d’un accompagnement particulier dans ma classe. Malheureusement, nous sommes démunis.

Eux, leur famille, leurs camarades, moi… J’ai l’habitude… G. et L. ne bénéficient pas d’une aide suffisante. L’un ne devrait pas être en CM1 avec de telles difficultés en lecture et en écriture.

Leur comportement est inadapté à la vie en collectivité. Manque de respect vis à vis d’autrui. Un phénomène devenu récurrent.

Ce matin là, ils manquent leur car, je leur demandais de se tenir correctement à l’avenir en classe. J’appelle les parents respectifs pour les tenir informés de l’incident et pour qu’ils ne s’ inquiètent pas… Quelques minutes plus tard, le père d’un de ces élèves arrive à vive allure au volant de sa voiture.

Il me hurle dessus. « Je suis une incapable, je dois apprendre mon métier « . Je tente de le calmer. Il est en colère contre l’institution qui n’aide pas son fils depuis des années… »les psys servent à rien » me hurle-t-il au visage.

A ce moment je suis le visage de l’institution qui depuis des années n’aide pas son fils. Les rapports d’incidents sont nombreux. J’ai peur. Je reste calme mais je suis terrorisée… Ma collègue assiste au chaos depuis sa classe. L’inspection est informée de mon agression.

Je reprends la classe l’après-midi encore sous le choc. Je me dis que je dois tenir, mais jusqu’à quand ? L’élève dont le père m’a agressé revient l’après-midi. Il est content de dire que son père a crié sur la maîtresse… Je suis consternée.

Après cette journée, je m’entretiens avec mon inspecteur au téléphone. Je retiens de l’appel que c’est pas moi en tant que personne mais la fonction que je représente qui a été agressée.

Je dois apparemment rester bienveillante. Il comprend. Moi je comprends que c’est fini. Je ne reviendrai pas. Je baisse les bras pour ma santé mentale et physique.

Je me dis que j’ai atteint les limites de la bienveillance. Je craque en rentrant chez moi dans ma voiture. Je pleure sans m’arrêter. J ai tenu la journée. Je suis arrêtée par mon médecin. Elle me dit de ne pas y retourner car ça me détruit.

Je n’ai pas porté plainte. Pas assez de force pour le faire. Je n’y retourne pas. J’ai démissionné.