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Comportement violent d’un élève et absence de soutien

Je suis aujourd’hui arrêtée pendant un mois afin, selon mon médecin, de ne pas prendre une décision trop hâtive.

Aujourd’hui, j’envisage de démissionner de l’Éducation nationale. De quitter un poste qui offre soi-disant sécurité et tranquillité. Alors que je n’ai jamais été aussi inquiète et agitée que depuis que je suis entrée dans l’Éducation nationale.

Pourtant, j’aime ce métier et je pense le faire bien. Je travaille beaucoup, j’ai une démarche réflexive, j’adore préparer mes cours, j’adore travailler avec mes élèves. J’adore les voir progresser.

J’en suis arrivée là à la suite de multiples petits événements qui sont en réalité le quotidien des enseignants. Ces petits détails sont considérés comme normaux pour la plupart d’entre nous car, en effet, on peut compter sur notre capacité de résilience. Surtout, à force de se faire infantiliser. On finit par penser qu’on est incompétent, que c’est de notre faute si des choses ne vont pas.

Alors voilà, je suis enseignante de cycle 2 et 3 dans une école rurale. Je suis en charge de l’instruction d’enfants dits : « difficiles ». En d’autres mots, qui n’ont pas développé les compétences « vivre ensemble et respect d’autrui ».

J’ai commencé l’année avec ces élèves et ils sont effectivement difficiles. Ils n’ont pas d’éducation, te parlent comme si tu avais 8 ans aussi.

Dans ce groupe, j’ai un élève atteint de carence éducative. Non pas trouble du comportement, car il n’a pas de handicap (donc pas d’aide pour gérer ses crises). Il m’a insultée, est insolent et violent avec moi (il m’a marché sur le pied volontairement et m’a lancé sa règle dessus) et les autres (il tape, agresse, harcèle). Je juge que ce qu’il fait est grave. Je l’ai fait remonter. Selon ma directrice, ce n’est pas encore assez grave. Même si, l’autre jour, il a tapé la tête de sa sœur (j’ai fait remonter aussi). Quand je lui fais une remarque, il fuit en courant. Je suis seule. Je n’ai pas de personne tampon, à part ma collègue qui a aussi sa classe et ses problématiques.

Nous faisons les récréations séparément afin d’éviter les conflits, alors, les récréations je les surveille seule. Donc, pas de pause étant donné qu’il faut être extrêmement vigilante.

De plus, le manque de soutien des parents est effarant ! Un jour, un de mes élèves a jeté un rouleau de papier w.-c. dans une cuvette. Je l’ai sanctionné et nous sommes allés le retirer ensemble. Bien sûr, c’est moi qui l’ai retiré (peur des représailles). Et j’ai bien fait. À la sortie, je vais voir la maman pour l’avertir de l’événement. Le gamin dit qu’il n’a pas fait exprès alors qu’il avait fait exprès. La maman me rétorque, d’un ton agressif : « Pourquoi vous le punissez, s’il n’a pas fait exprès ? »

Et voilà, il a fallu que je me justifie. Donc, pour résumer, l’enfant fait une bêtise. Je nettoie ses bêtises et je me fais punir ! Le gamin dans l’histoire… Rien. Il pourra revenir le lendemain et me répondre : « De toute façon, je m’en fous » à la moindre remarque.

Je ressens cela comme une vraie agression. J’ai l’impression d’être entre le marteau et l’enclume. Nous sommes réellement en souffrance !