Parmi les éléments les plus douloureux qui justifient l’écoeurement professionnel qui est aujourd’hui le mien, il y a le programme PHARE.
Enfin affectée à l’année dans un tout petit collège du littoral breton, j’ai voulu m’y associer, convaincue de l’efficacité de la méthode, de ses piliers, pour avoir fait partie de la 1re génération de profs formés en RAR/REP+, à l’époque où l’on parlait de la méthode « Pikas », avant l’invention du sigle PHARE. Et pour l’avoir constatée sur le terrain, cette efficacité. Bien joli projet que celui de l’équipe PHARE dans ce collège.. Associée à quelques réunions la 1re année, j’ai découvert qu’aucune de mes collègues n’en avait compris réellement les enjeux.
Quand on évoquait le cas d’un élève harcelé : « ben oui, mais il n’est pas agréable, il ne s’intègre pas… », répétaient l’infirmière, les autres profs. Le raisonnement était limité, le plus souvent se limitait à un jugement de la cible. Comprendre qu’une victime de brimades s’isole, devient aigrie, hostile, c’est difficile. Elles parlaient, tergiversaient, n’ayant pas envie d’accorder de temps à ces réunions. Tout juste si on ne me reprochait pas le signalement d’une situation. Tel élève cible quittant le collège ? Vite, changeons de sujet !
Je suis devenue moi-même cible de harcèlement… de la part d’une collègue agent administratif, la grande copine des membres de l’équipe PHARE jouant si bien les autruches. J’ai hésité à la rentrée suivante à suivre la formation PHARE pour me mettre à niveau et intégrer officiellement le dispositif. Le principal m’a convaincue, je me suis formée, sans appliquer. Je me demande s’il n’y avait pas un enjeu pour ma formation : atteindre le nombre suffisant de formés pour la labelisation PHARE de l’établissement, même si le harcèlement y coule de beaux jours.
J’ai craqué peu de mois après, écoeurée : une crasse de trop. Chaque membre de l’équipe PHARE avait pourtant pu constater le mépris et l’agressivité à mon égard. Impunité. Sans suites.
— Collège, 17 ans d’ancienneté
